Tom Van Grieken (Vlaams Belang): « veillons à ne pas disperser nos forces face aux enjeux civilisationnels »

Nous reproduisons ici une interview accordée fin 2015 par Tom Van Grieken, le Président du Vlaams Belang, à Lionel Baland pour le site Breizh-info.com

Tom Van Grieken, un jeune Président qui sait ce qu’il veut

Lionel Baland : Tom Van Grieken, pouvez-vous nous dire qui vous êtes et quel est votre parcours ?

Tom Van Grieken : Je suis le Président du Vlaams Belang [Intérêt flamand], j’ai 29 ans et je suis né à Anvers. J’ai étudié la communication à la Haute-école Plantijn. J’ai fait mes premiers pas dans le monde du travail dans le secteur de la publicité. Je me suis passionné pour la politique dès mon plus jeune âge. C’est ainsi que je me suis occupé du NJSV (Fédération des jeunes étudiants nationalistes) puis suis devenu président national du NSV (Union des étudiants nationalistes). J’ai adhéré au Vlaams Blok [l’ancêtre du Vlaams Belang] en 2003 et ai été élu en 2006 conseiller municipal dans ma commune de Mortsel, près d’Anvers. J’ai été réélu en 2012 à ce poste. La même année, je suis devenu le président national du mouvement des jeunes du Vlaams Belang (Vlaams Belang Jongeren). En 2014 j’ai été élu député de l’arrondissement d’Anvers au sein du parlement flamand. La même année, j’ai été couronné président national du Vlaams Belang avec un score de 93% des votes exprimés et ai succédé ainsi à Gerolf Annemans.

Lionel Baland : Vous êtes arrivé à la présidence du Vlaams Belang suite à une défaite électorale. Est-ce un cadeau empoisonné ? Estimez-vous que le Vlaams Belang puisse récupérer une partie des voix prises par le parti national-centriste flamand N-VA ?

Tom Van Grieken :  La grande sagesse de l’ancienne génération, je veux dire des cadres historiques du Vlaams Blok/Vlaams Belang, a été d’assurer la transmission du flambeau à ce moment-là. Une page devait être tournée. Nous avions atteint des sommets électoraux et nous nous retrouvions dans une situation très délicate. Aucune génération d’hommes politiques n’a assuré l’avenir de son parti avec une telle abnégation et avec une telle confiance envers la génération montante. Ce n’est donc pas du tout un cadeau empoisonné, bien au contraire. Il s’agit d’un challenge, d’une gageure, d’une chance pour ma génération de montrer notre talent et nos ambitions pour le combat qui est le nôtre. Nous avons donc réorganisé et dépoussiéré le parti, déterminé notre stratégie, reformulé notre corpus idéologique sans pour autant trahir nos engagements fondamentaux. Dans cette logique, nous avons organisé deux colloques importants : le premier sur l’identité et le deuxième, le 15 septembre 2015 avec la participation de Marine Le Pen, sur la souveraineté. Un troisième colloque suivra bientôt avec pour thème la liberté. Vous avez raison d’évoquer le transfert des voix du Vlaams Belang vers la N-VA. Ce parti n’a pas hésité à reprendre nos propositions en matière d’immigration, se contentant souvent de copier/coller notre travail parlementaire. Il a donc donné l’impression que le vote N-VA pouvait être un vote plus «utile» que le vote Vlaams Belang. Nous savions qu’il ne s’agissait que d’une posture électorale et qu’au pied du mur, les rodomontades n’allaient pas déboucher sur grand-chose. L’histoire allait rapidement nous donner raison avec le drame du déferlement des illégaux en Europe. La N-VA est le plus grand parti du pays, il détient les ministères de l’intérieur, de la défense nationale et de l’immigration. On aurait pu penser que la N-VA allait taper du poing sur la table en refusant la politique d’accueil enthousiaste, politique de gauche, qu’impose l’Union Européenne. Il n’en a rien été. Au contraire, le Secrétaire d’État N-VA à l’immigration, Theo Francken, a organisé l’accueil, le logement, le payement d’allocations, etc… de ces milliers de faux réfugiés. La N-VA aurait pu quitter le gouvernement si ses partenaires de la coalition n’avaient pas suivi, mais la question n’a même pas été envisagée. Du coup, nos électeurs qui avaient opté pour la N-VA en 2014 se sont à juste titre sentis trahis et reviennent massivement vers nous, comme en témoigne l’afflux d’adhésions et les sondages successifs qui nous donnent largement en hausse.

Lionel Baland : Quelles sont les principales différences entre la N-VA et le Vlaams Belang? L’aile la plus « radicale » de la N-VA n’est-elle pas sur la même ligne que le Vlaams Belang ?

Tom Van Grieken : Le Vlaams Belang se prononce clairement pour une séparation ordonnée du pays, sur le modèle de la scission entre la Tchéquie et la Slovaquie. Pour le Vlaams Belang, il ne peut être question de passer par une étape intermédiaire qui serait l’une ou l’autre forme de confédéralisme, comme le propose la N-VA. Pourquoi ? Parce que nous pensons que le confédéralisme ne sort pas la Flandre du contexte belge qui est LE malheur de la Flandre.

Par ailleurs, la Wallonie pourra se libérer bien plus facilement de la chape de plomb socialiste lorsqu’elle aura acquis son entière autonomie. Face à la réalité et surtout sans les transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, les électeurs et les responsables politiques seront forcés de retrouver la voie du bon sens. Cette responsabilisation est la seule chance pour la Wallonie de renouer avec la croissance et donc l’emploi, qui sont les clés du bien-être social.

Nous voulons clairement un arrêt de l’immigration de masse. Nos positions en matière d’immigration ne s’encombrent pas de la moindre hypocrisie. Le Vlaams Belang constate sans ambages l’échec des politiques d’intégration et de la société multiculturelle en général. Nous proposons donc des solutions tenant compte de ces paramètres, comme le retour forcé et massif des illégaux, des procédures beaucoup plus rapides en ce qui concerne les demandeurs d’asile et le rapatriement immédiat des déboutés du droit d’asile. De plus, le Vlaams Belang est partisan d’une politique d’incitation au retour volontaire vers les pays d’origine plus appuyée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Enfin, nous demandons le rapatriement des étrangers délinquants et surtout qu’ils puissent purger leurs peines dans le pays d’origine. La N-VA, quant-à-elle, se contente depuis quelques années de faire du copier/coller d’anciennes propositions du Vlaams Belang au sein des parlements où elle est représentée. On observe quelques roulements de mécanique pré-électoraux sur l’immigration, mais partout où la NV-A se trouve dans les majorités au niveau de villes et communes de Flandre, y compris à Anvers, nous observons qu’elle ne remet jamais en cause les politiques menées jusqu’à présent en matière de subsides ou de CPAS [centre d’assistance publique qui octroie de l’argent aux personnes en difficulté], par exemple. La N-VA ne remet rien en cause et accepte sans broncher le «politiquement très correct» que représente le multiculturalisme. La N-VA ne remet pas en cause la politique d’ouverture des frontières qui nous est imposée par l’Union Européenne et ne s’émeut donc pas des 900.000 illégaux qui entraient déjà chaque année en Europe avant la crise des «réfugiés».

La N-VA se définit comme pro-Union européenne tandis que le Vlaams Belang, comme le Front National de Marine Le Pen et le PVV de Geert Wilders et de nombreux autres de ses alliés en Europe, se prononce contre l’Union Européenne. Celle-ci est une bizarrerie. Voilà une institution née sur base des meilleurs sentiments qui s’est développée en devenant un monstre administratif qui s’immisce dans notre vie quotidienne et qui, de plus en plus, sonne le glas de nos libertés.

Deux exemples sont révélateurs à cet égard : la réglementation européenne sur la puissance des aspirateurs (?!?!) et celle qui touche les artisans fromagers astreints à modifier leurs procédés de fabrication ayant derrière eux des centaines d’années de tradition.

Relevons d’abord que les «créateurs» de l’Union Européenne n’ont pas estimé utile de définir quelles seraient les limites territoriales de celle-ci, ce qui pose aujourd’hui problème avec certains candidats à l’entrée comme la Turquie, dont il est inutile de souligner qu’elle n’est pas européenne.

Ensuite, les élargissements successifs se sont déroulés dans la précipitation et sans grand discernement, comme ce fut le cas de la Grèce, avec les conséquences que l’on connaît.

Il est absurde de penser que 28 pays différents, avec des mœurs et des coutumes différentes, des peuples différents, des valeurs différentes, des cultures différentes, des niveaux de développement économique parfois très différents, peuvent se fondre dans un ensemble cohérent. C’est le contraire qui est démontré chaque jour.

Il ne fallait pas être grand stratège pour savoir que les pays les moins développés allaient se montrer dépendants des nations les plus prospères.

L’Union européenne ne va pas bien. La crise de l’euro en est l’illustration la plus évidente. Mais les problèmes que rencontre l’euro sont aujourd’hui occultés par un autre ratage : l’«Europe sans frontières intérieures», généralement nommée «Espace Schengen». Les contrôles le long des frontières intérieures ont cessé, mais les frontières extérieures sont de véritables passoires. Ce n’est pas du tout ce qui avait été convenu. L’immigration issue de pays situés hors de l’Union européenne n’est pas le seul problème, les flux migratoires intra-européens génèrent également de grandes difficultés. Il est temps de faire le bilan et de tirer les conclusions qui s’imposent : il faut abroger les accords de «Schengen» et les États membres doivent à nouveau appliquer leurs propres politiques d’asile et d’immigration. Il faut rediscuter et redessiner l’Europe sur des bases saines avec comme seul guide le bon sens. La N-VA, quant-à-elle, se contente de suivre la logique des institutions européennes, sans les remettre en cause de quelque façon que ce soit.

Le Vlaams Belang est un parti populaire qui ne s’intègre pas dans la logique socio-économique gauche/droite. Ses propositions tiennent compte de la dimension humaine. Le Vlaams Belang n’oublie jamais que derrière les chiffres et les statistiques, il y a des familles qui ont le droit d’être protégées et dont le travail doit être respecté. Sur le plan social, le Vlaams Belang peut être considéré comme de centre gauche, tandis que la N-VA est franchement ancrée à droite. Là où le Vlaams Belang parle de solidarité, la N-VA lui oppose un discours ultra-libéral.

Le Vlaams Belang est exempt de toute hypocrisie. Son programme est limpide et sans ambiguïté tandis que la N-VA est un peu une auberge espagnole au sein de laquelle chaque responsable dispose de son propre programme qu’il défend. On ne compte plus les contradictions entre les uns et les autres. Lorsque celles-ci interpellent un peu trop la presse, Bart De Wever intervient avec une explication alambiquée voire quasi incompréhensible. Ce fut notamment le cas à propos de la signification pour son parti du confédéralisme. C’est une approche très différente et c’est une grande différence de style. C’est en fait, la différence entre la franchise et l’hypocrisie.

Quant à «l’aile radicale au sein de la N-VA», il est clair qu’elle doit se sentir à l’étroit dans cette participation gouvernementale et qu’elle doit jalouser la liberté de parole du Vlaams Belang. S’ils veulent vraiment défendre leurs idées, ils sont arrivés à l’heure des choix. Pour ma part, la porte est ouverte.

Lionel Baland : Pouvez-vous expliquer rapidement ce qu’est le «cordon sanitaire» et en quoi celui-ci pose problème au Vlaams Belang ? Y-a-t-il aussi un «cordon sanitaire» dans les médias ? Le «cordon sanitaire» existe-t-il toujours ? A-t-il été brisé à certains endroits, comme par exemple à Denderleeuw où dans certains districts d’Anvers (Antwerpen) ? Quelle est votre attitude par rapport à ce «cordon sanitaire» ?

Tom Van Grieken : Le «cordon sanitaire» est une invention du parti écologiste flamand qui s’appelait à l’époque Agalev (GROEN, aujourd’hui). Il s’agit d’un pacte entre l’ensemble des partis autoproclamés «démocratiques» visant à ne jamais accepter d’entrer dans une coalition avec le Vlaams Blok / Vlaams Belang. Ce cordon, qui existe toujours, ne nous a pas permis de prendre part aux exécutifs, que ce soit au niveau régional ou même local, alors que nos résultats électoraux devaient logiquement nous le permettre. On a assisté à la constitution de majorités politiquement contre-nature pour éviter de faire entrer le Vlaams Belang dans une majorité. C’est une conception bizarre de la démocratie et un aveu d’impuissance politique de la part de ceux qui se font complices de cette pratique. Éliminer un adversaire politique de cette façon permet d’éviter les débats qui dérangent et d’être confronté à ses propres errements.

Les rares fois où ce cordon a cédé sont anecdotiques et ont été la conséquence de troubles passagers au sein de majorités locales. Alors, que faire face à ce cordon ? Impossible de le nier, il existe. J’espère pour ma part que le travail de rénovation au sein du Vlaams Belang, et sa visibilité, permettra au personnel politique de mieux nous connaître et de juger sur pièce et non sur base de quelques analyses tendancieuses distillées par une presse militante. Face à la lèpre politique qu’est le socialisme et l’idéologie de gauche en général, le Vlaams Belang peut être un partenaire particulièrement utile et efficace, mais aussi parfaitement loyal, mais pas à n’importe quel prix comme c’est le cas avec la N-VA.

Concernant les médias, nous avons régulièrement accès aux débats télévisés et autres prestations télévisuelles. Mais de façon assez pointilliste. Le moindre élu écologiste qui vient agiter sa petite idée aura les honneurs du journal télévisé tandis que certaines de nos conférences de presse sont quasi boycottées par les grands médias. C’est un fait.

Lionel Baland : Qu’est-ce qui a fait le succès du Vlaams Belang ? Et pourquoi ne fait-il plus vraiment recette ? Que pouvez-vous faire afin qu’il renoue avec le succès ?

Tom Van Grieken : Le succès du Vlaams Belang a été, est et sera encore et toujours sa liberté de parole dans un paysage politique aseptisé et politiquement correct jusqu’à l’absurde. Nous sommes très fiers d’avoir été LE parti politique qui a imposé le débat sur la question de l’immigration dans ce pays. Nos idées sont très présentes dans la mentalité flamande d’aujourd’hui. La N-VA ne serait pas ce qu’elle est devenue si le Vlaams Belang n’avait pas pendant des décennies labouré le champ des idées sur le plan institutionnel. L’important revers électoral de 2014 apparaîtra comme un accident de parcours lié à des contingences politiques conjoncturelles, sans gommer notre propre responsabilité. Comme je vous l’ai déjà indiqué, la nouvelle équipe dirigeante du Vlaams Belang, appuyée par l’immense expérience de nos aînés, pose les jalons du renouveau, tant sur le plan organisationnel, de la communication, du style en général et du rafraîchissement de nos idées, tout en restant d’une fidélité absolue à nos valeurs. Si on en croit les derniers sondages, il nous est permis d’espérer atteindre ces objectifs et ainsi renouer durablement avec le succès.

Lionel Baland : Pourquoi la N-VA est-elle arrivée à prendre des voix au centre-droit (sociaux-chrétiens et libéraux), alors que le Vlaams Belang n’a pas réussi à capter ces voix ?

Tom Van Grieken : Parce que la N-VA a joui d’une attention démesurée des médias flamands, mais aussi francophones. Ce sont les médias qui ont présenté la N-VA comme l’alternative crédible à tous les chipotages et «petits accords entre amis» qui caractérisent le paysage politique Belge. On a vu le Président de la N-VA participer à des jeux télévisés, même sa cure d’amaigrissement a été LE feuilleton diffusé quotidiennement sur toutes les chaînes de télé. La couverture médiatique de la N-VA est un fait unique dans l’histoire journalistique de ce pays. Le Vlaams Belang, par contre, a continué à être évoqué de façon particulièrement anecdotique et sans oublier, bien entendu, de rappeler son «racisme intrinsèque». Rappelons-nous qu’une des premières déclarations du président de la N-VA après sa victoire a été de se réjouir d’avoir, LUI, réussi à écraser le Vlaams Belang. Chacun avait reçu sa part du gâteau, le crime était parfait, les médias croyaient avoir brisé le Vlaams Belang en instrumentalisant la N-VA et la N-VA pouvait enfin accéder aux ors des palais en pensant avoir dépouillé le cadavre du Vlaams Belang. Une stratégie à court terme qui s’est révélée payante, pour un temps.

Lionel Baland : Le tournant très à droite d’un point de vue économique et social pris par la N-VA vous aide-t-il ou vous handicape-t-il ?

Tom Van Grieken : D’abord la politique ultra libérale et asociale menée par la N-VA et sa coalition est extrêmement dommageable pour nos compatriotes. On perçoit combien la N-VA est liée à une partie du patronat, ce qui en fait un parti sous surveillance, comme le sont les autres partis, de syndicats et des mutuelles. Nous nous sommes toujours définis comme le parti du peuple (partij van het volk). À ce titre, si nous sommes partisans de la plus grande rigueur en ce qui concerne la gestion de l’argent public et si nous pensons qu’il faut donner de l’oxygène fiscal à nos entreprises pour qu’elles puissent mieux investir et donc produire de l’emploi, nous estimons également qu’il faut respecter le travail et les travailleurs. Changer les règles du jeu en cours de partie comme c’est le cas pour les pensions, les interruptions de carrières et la prépension est malhonnête et asocial. En ce sens, le fait que la N-VA n’avait pas annoncé ces mesures dans son programme électoral nous sert à démontrer que la N-VA ne vaut guère mieux que les autres partis du système. En cela, la politique qu’elle mène nous est utile.

Lionel Baland : Une certaine presse prétend que vous avez été mis «en façade» parce que vous êtes jeune et présentez bien, mais qu’en réalité les deux «vieux loups» du parti Filip Dewinter et Gerolf Annemans sont les vrais dirigeants du Vlaams Belang. Qu’en est-il ?

Tom Van Grieken : Je comprends que certains aient des difficultés à croire que des hommes politiques aussi chevronnés que Filip Dewinter et Gerolf Annemans puissent ainsi volontairement quitter le devant de la scène sans avoir une idée derrière la tête. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne font encore partie du Bureau politique du Vlaams Belang aujourd’hui. Nous nous parlons, nous échangeons nos points de vue et je les écoute avec le plus grand respect, mais en fin de course, c’est le Bureau politique qui décide et, comme président, j’use sans complexe de mes prérogatives. Ni Filip, ni Gerolf, ne jouent les belles-mères susceptibles, bien au contraire. Après la défaite et une courte période un peu dépressive, le parti a rapidement retrouvé ses réflexes de fraternité et d’union.

Lionel Baland : Anvers a toujours été le bastion du parti et du nationalisme flamand. La figure de proue de la N-VA Bart De Wever semble y faire ses preuves en tant que maire car son parti recule peu à Anvers au sein des sondages. Qu’en est-il ?

Tom Van Grieken : La rupture avec la gestion socialiste de la ville a été salutaire. Cela dit, nous restons sur notre faim. Nous pensions qu’une ville comme Anvers, dirigée par un nationaliste, pouvait devenir un véritable laboratoire pour y appliquer notre vision des choses, surtout en matière de sécurité et d’immigration. Force est de constater que dans le domaine de l’immigration rien n’a changé. L’idée selon laquelle le maire est pieds et poings liés par les autres niveaux de pouvoir est évidemment fausse. Les maires sont très puissants en Belgique. Les villes et communes dirigent la police, les services d’hygiène, le logement social, les CPAS, etc… La N-VA à Anvers a estimé devoir donner des gages de correction politique au système, sans doute pour ne pas créer de remous au niveau régional flamand et au niveau fédéral où ce parti prend part aux coalitions au pouvoir. Si nous observons la dynamique de changement opérée par les maires Front National en France, on ne peut que s’étonner de la frilosité de la N-VA à Anvers. C’est à l’opposition de démontrer les dysfonctionnements et les manquements de la majorité et à le faire savoir auprès des Anversois, la balle est donc largement dans le camp du Vlaams Belang, nous en sommes conscients.

Lionel Baland : Face aux problèmes d’islamisation, votre parti ne devrait-il pas prendre un tournant fortuniste (NDLR: aligné sur les idées du défunt écrivain et politicien néerlandais Pim Fortuyn) en mettant en avant les femmes et en déclarant que l’islam est une menace pour le mode de vie occidental et avant tout pour celui des femmes, des homosexuels et des personnes de religion autre que musulmane ?

Tom Van Grieken : Tout à fait. Je me permets de vous faire remarquer que nous le faisons depuis longtemps. Nous sommes actifs au sein de «Villes contre l’islamisation» qui une organisation européenne présidée par Filip Dewinter. Anke Vandermeersch a développé une organisation des femmes contre l’islam. Quand on se rappelle que Guy Verhofstadt (ancien Premier ministre libéral) écrivait noir sur plan dans son premier Manifeste Citoyen que «l’islam est insoluble dans les valeurs occidentales», et que, de même, un congrès organisé, notamment à l’initiative de Nicolas Sarkozy et Alain Madelin, par l’ensemble des partis de droite en France (à l’exception du Front National qui en était exclu), concluait que l’islam était incompatible avec les valeurs de la République, on ne peut que constater avec tristesse que beaucoup de vestes se sont retournées depuis. Le Front National a maintenu le cap en France et le Vlaams Belang le fait ici. Notre combat est celui de la liberté contre la coercition, de l’ouverture contre la frilosité, de la réalité contre l’abstraction et de l’honnêteté contre l’hypocrisie.

Lionel Baland : Quel sont  les personnages politiques et historiques qui sont vos références ?

Tom Van Grieken : Toutes les femmes et les hommes qui se battent pour l’émancipation de leur peuple et de leur culture. Il y a eu au cours de l’Histoire ce qu’il convient d’appeler des «éveilleurs de peuples» qui ont inspiré leur époque. Je pense particulièrement à Alain de Benoist, dont l’ouvrage «Vu de Droite» reste pour moi une référence importante. Mais je salue aussi celles et ceux qui en Europe sont sortis du confort de leur statut médiatique privilégié pour s’aventurer hors des sentiers battus, comme c’est le cas aujourd’hui en France d’Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff, Michel Onfray, Michel Houellebecq et même Régis Debray. L’équivalent existe aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et en Flandre, ce qui est réjouissant. Je connais les réticences de certains de nos amis qui se montrent suspicieux vis-à-vis des « convertis de la dernière heures », comme ils les appellent. Ce n’est pas mon cas. Je suis heureux de voir que nous avions raison depuis toujours et que face à la réalité, des esprits pourtant formatés depuis longtemps voient enfin la lumière.

Lionel Baland : Lorsque vous avez reçu Marine Le Pen au Parlement flamand, la presse du système s’est interrogée sur le fait de savoir comment un parti indépendantiste flamand comme le vôtre peut travailler avec un parti nationaliste français unitariste ? Avez-vous des revendications territoriales par rapport à la Flandre française? Le Vlaams Belang est-il favorable au rattachement de la Flandre aux Pays-Bas ? Cette interview étant réalisée pour un site breton, quelle est votre position par rapport à l’avenir de la Bretagne ? Pourriez-vous soutenir l’autonomie, voir l’indépendance de la Bretagne si la population de cette région la réclamait ?

Tom Van Grieken : Il n’a pas été question de découpage territorial lorsque nous avons créé notre groupe politique avec le Front National de Marine Le Pen au Parlement Européen. Non pas parce que ces questions ne nous intéressent pas, au contraire, mais parce que l’urgence se trouve ailleurs au moment où nous parlons. La guerre est aux portes de l’Europe. Jamais au cours de l’histoire, notre continent n’a été aussi en danger. Notre pire cauchemar prend forme sous nos yeux. Le livre «Le Camp des Saints» de Jean Raspail est devenu prophétique.

Dans l’histoire de l’après-guerre en Europe, jamais un pouvoir supranational aussi totalitaire ne s’est développé. L’existence même de nos peuples est en danger et face à ce péril majeur, il faut que les forces de bon sens unissent leurs énergies. Avec leurs partenaires au sein du Parlement européen, tels que le FPÖ autrichien, le PVV des Pays-Bas, la Ligue du Nord italienne, etc…, le Front National et le Vlaams Belang défendent ce qui les rassemblent : l’identité, la souveraineté, la liberté, l’Europe contre l’Union Européenne, etc…

Le Vlaams Belang reconnaît pour les Flamands et pour les autres le droit à l’autodétermination et préconise la voie légale pour le développer. Nous sommes convaincus que c’est par le triomphe de la vraie démocratie, c’est-à-dire par l’introduction dans nos pays du référendum d’initiative populaire avec un pouvoir décisionnel que les peuples pourront exprimer leurs volontés institutionnelles. Notre premier combat, donc, est d’arracher ce référendum et ensuite de l’appliquer.

Je ne connais pas la qualité des relations entre le mouvement d’émancipation breton et le Front National qui est centraliste. Mais je souhaite que celles-ci, qui doivent être cordiales, existent. C’est par le dialogue qu’un modus vivendi, voire plus, peut voir le jour. La présence au sein du groupe européen de la Ligue du Nord et du Vlaams Belang pourrait être une source d’inspiration à cet égard.

Pour que ces discussions franches soient fructueuses, il faut, bien sûr, que le mouvement breton soit fort et que son poids électoral soit représentatif, c’est ce que nous souhaitons à tous nos amis. Cela dit, en ce qui concerne les élections présidentielles, veillons à ne pas disperser nos forces face aux enjeux civilisationnels. Il sera toujours temps de poser des jalons après ce scrutin.

Propos recueillis pour Breizh-info.com par Lionel Baland.

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