Interview du président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken

Tom Van Grieken a 30 ans, ce qui fait de lui le plus jeune président de parti de l’histoire de ce pays. Au moment où le Vlaams Belang renoue avec des sondages favorables et que ses alliés engrangent des succès considérables en Europe, comme en Autriche, aux Pays-Bas, en Allemagne en Italie et en France, il publiait début mai 2017 son premier livre, intitulé «L’Avenir entre nos mains» et sous-titré «révolte contre les élites». Comme l’indique l’auteur de la préface, le professeur Jonathan Holslag, «l’auteur pose des diagnostics très tranchés» et «il contient d’importantes propositions», «ce livre est un appel à l’action». Occasion rêvée pour une rencontre et quelques questions, maintenant que cet ouvrage paraît également en français.

VB: Le temps de l’action est-il venu, Tom Van Grieken?

TVG: Oui, il me paraît évident que «l’action» politique s’impose plus que jamais. Le système politique actuel est en crise. Une partie importante de la population chez nous, mais aussi en Europe, ne se reconnaît plus dans la politique traditionnelle et ses dogmes et elle le fait sentir dans les urnes. Le soi-disant «populisme» prend de l’ampleur et focalise toutes les attentions. Pensons au Brexit, à la participation gouvernementale du FPÖ en Autriche, sans oublier les formidables avancées de Geert Wilders aux Pays-Bas et Marine Le Pen en France et plus récemment encore, le triomphe de nos alliés de La Lega en Italie.  Il y a aujourd’hui plus qu’un fossé, un abysse, entre la population et les élites.

VB: Les électeurs des partis dits «populistes» sont-ils, comme disent les médias, «les perdants de la globalisation»?

TVG: En ces temps de globalisation avec ses accords commerciaux transatlantiques, ses superpuissantes multinationales et ses constants troubles géopolitiques, j’observe que les élites de la société et les politiciens en particulier se montrent de plus en plus méprisants envers leur prochain (de proche, à proximité). Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas suivre vivraient, selon eux, dans le passé et mettraient «notre» avenir en danger. J’ajoute que les grands perdants de cette globalisation croissante ne sont en aucun cas les yuppies qui peuvent continuer à philosopher sur l’enrichissement et le bonheur insurpassable qu’apporte la société multiculturelle dans leurs belles villas situées dans des quartiers très mono-culturels. Les vrais perdants sont les citoyens moyens qui constatent que la globalisation, la libre circulation des biens, des personnes et du capital influent en profondeur et négativement leurs vies. Ils perdent leurs emplois, ils assistent au délabrement de leurs quartiers et, par-dessus tout, ils constatent que l’establishment politique fait la sourde oreille à leurs plaintes. Pourtant, les sociaux-démocrates d’aujourd’hui ne peuvent que constater que la vie de leur base ne s’est pas du tout améliorée du fait de la mondialisation et d’une Union Européenne forcée, avec tout ce que cela comporte. Ils ont fait le choix de nier tous les signaux. La distance qui sépare les élites politiques européennes et le peuple est gigantesque. Dans son texte Die Lösung (La solution), Bertolt Brecht conseillait au gouvernement communiste de changer de peuple si celui-ci ne voulait plus de lui. Le citoyen lambda en a de plus en plus marre des élites politiques qui appliquent à la lettre la « solution » proposée par Bertolt Brecht. Les raisons du succès de partis comme le Vlaams Belang ne sont pas difficiles à trouver. L’homme de la rue, qui se sent nié et délaissé depuis des décennies par le système, trouve en nous son seul porte-parole. C’est ainsi que s’est formé la nouvelle fracture de notre société. Celle qui sépare une petite élite qui peut goûter aux délices de la globalisation d’un côté et de l’autre le commun des mortels qui porte le poids de tous ses inconvénients.

VB: Dans votre livre, vous plaidez pour une meilleure organisation de l’Etat?

TVG: Je vise la particratie Belge qui confisque toute influence sur les décisions politiques aux citoyens. Je souhaite rendre le pouvoir au peuple et je plaide en faveur de l’organisation de référendums décisoires. Je veux également clore le chapitre antidémocratique du «cordon sanitaire» qui frappe encore le Vlaams Belang. Tant que ce cordon sanitaire existera, la N-VA n’atteindra aucun objectif en matière de réforme de l’Etat. Le Vlaams Belang est candidat à la gouvernance à quelque niveau que ce soit. Par ailleurs, il y a beaucoup trop de structures en Belgique et beaucoup trop de politiciens. Cela a pour effet que chaque politicien peut se dissimuler derrière une responsabilité partagée par les différents niveaux de pouvoir. Ajoutons que, comme chacun peut le constater, certaines structures sont devenues inutiles et devraient être supprimées, comme le niveau provincial par exemple. Selon moi, les deux niveaux essentiels sont le local et le régional. La gestion politique locale doit se concentrer exclusivement sur ses compétences et ne pas se perdre ailleurs. Le niveau régional doit, quant à lui, soutenir les pouvoirs locaux et déterminer les politiques générales de la région. Enfin, il faut que nos concitoyens puissent exprimer leurs choix de façon bien plus claire que ce ne l’est aujourd’hui, c’est pourquoi je souhaite que les bourgmestres et le ministre-président soient élus directement par les électeurs afin d’empêcher les bidouillages, comme ce fut le cas à Bruxelles-ville avec la désignation du catastrophique Yvan Mayeur comme bourgmestre. Je veux également revaloriser le service public et donc le service AU public. Pour cela il faut mettre fin aux nominations politiques qui ont transformé la loyauté envers l’Etat en une loyauté au parti politique qui a favorisé la nomination du fonctionnaire. Il y a du pain sur la planche!

VB: La lutte pour la justice sociale est-elle, selon vous, une chasse gardée des socialistes et du PTB ?

TVG: Alors là, pas du tout! Nous devons mener les politiques nécessaires afin de pérenniser nos acquis sociaux et donc la qualité de nos vies et celles des générations futures. Prenons par exemple la question de nos pensions, le système actuel est comparable au jeu de la pyramide, l’escroquerie bien connue, mais dans ce cas-ci, parfaitement légale. On paie aux uns avec les sous des autres qui arrivent dans le jeu et ainsi de suite, mais le jour où ceux qui doivent payer ne payent plus… C’est la catastrophe! Je pense qu’il faut initier un système juste et finançable pour accuser le contrecoup du vieillissement chronique de notre société. Une carrière de 42 ans paraît correcte et pas question d’augmentation de l’âge de la pension à 67 ans. En ce qui concerne les soins de santé, il ne peut être question d’économie ou d’austérité. Au contraire, il faut engager du personnel bien qualifié parce qu’il faut garantir la qualité des soins coûte que coûte. Ce qui précède n’est évidemment qu’un aperçu des idées du Vlaams Belang en la matière, mais cela suffit pour démontrer que la question essentielle de la justice sociale n’est plus depuis longtemps le pré carré de forces politiques de gauche et d’extrême-gauche. Le Vlaams Belang est un parti populaire, proche des gens, ni marxiste ni néolibéral, mais aux côtés de son peuple, plongé dans la réalité et bien loin des idéologies. Notre réflexion s’inspire des faits et non des utopies déconnectées des bobos nantis.

VB: Reste la question de l’immigration et de l’islamisation. Ces thèmes restent-ils au centre de votre action politique et de celle du Vlaams Belang?

TVG: J’ai presque envie de vous répondre: plus que jamais! La réalité de l’explosion démographique dans les pays en voie de développement implique que nous devons faire des choix de plus en plus cornéliens si nous voulons conserver notre manière de vivre. Les politiques d’immigration de masse menée jusqu’à présent par les Etats européens, prolongées et multipliées par l’Union Européenne, doivent être stoppées net et remplacées par une politique d’immigration zéro. Je remarque que la politique des frontières ouvertes est contradictoire avec le concept de «justice sociale» puisqu’un système où les immigrés peuvent jouir des avantages d’une protection sociale sans y avoir contribué ne peut qu’entrainer la disparition, à terme, de la sécurité sociale en tant que telle.

En toute chose nous devons voir la réalité en face, penser aux générations futures et agir en âme et conscience. Pas de petits calculs sordides au Vlaams Belang!

VB: Merci Tom Van Grieken.

Vous pourriez être intéressé ...